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Modèles psychanalytiques d’intervention thérapeutique avec le couple parental Les termes « parental » et « parentalité » sont apparus assez récemment dans le langage psychanalytique. Bien qu’issus du mot « parent » - celui ou celle qui engendre -, ils sont en fait utilisés, dans le langage courant, pour indiquer le processus à travers lequel on devient parent d’un point de vue psychique. Le fait de pouvoir engendrer des enfants ne nous fournit pas, en effet, une identité de parents : quand on parle de parentalité, on se réfère à une parentalité psychique en tant que fonction spécifique qui ne correspond pas tout à fait à la parentalité biologique. On pourrait dire que c’est la capacité de faciliter la croissance, au sens large du terme, d’un autre individu (Tavazza, 2006). Comme l’indique A. Giannakoulas (1996), la parentalité n’est pas quelque chose qui s’ajoute à un état précédent, mais quelque chose qui modifie profondément et durablement les personnalités particulières des parents et le couple dans son ensemble. Nous sommes aujourd’hui très loin des solutions cliniques que les premiers psychanalystes des enfants donnaient à ce problème. Les parents étaient considérés à l’époque comme un « obstacle » à la psychothérapie de leurs enfants (A. Freud, 1927) ou bien on pensait devoir obtenir leur collaboration « passive », sans questions ni ingérence (Klein, 1927). Le fait que le travail avec les parents soit aujourd’hui considéré comme opportun lorsqu’on entreprend une cure avec un enfant, un adolescent ou, de manière générale, en cas de pathologies graves, est lié aux évolutions importantes de la recherche dans le domaine de la pensée psychanalytique. On est ainsi passé de la théorie des pulsions et d’une conception monadique de l’appareil psychique à une approche relationnelle et on a abouti, en passant par les relations d’objet, à la théorie de la groupalité du psychisme (Kaës, 1976), à la théorie du lien (Pichon-Rivière, 1979) et à la théorie interpersonnelle de Sullivan (1953), ainsi qu’à la notion d’interfantasmatisation (Anzieu, 1975). C’est ainsi que s’est modifiée, au fil du temps, la réflexion sur la « place » qu’occupent les figures réelles et fantasmatiques des parents (Eiguer, 1987) dans le traitement psychanalytique de l’âge évolutif. Ceux qui ont eu l’occasion de travailler avec les enfants et les adolescents ont pu reconnaître l’importance de la constitution d’un espace mental chez le couple des parents en tant qu’élément nécessaire pour la définition de l’individualité de l’enfant. Le traitement des couples parentaux s’est avéré un élément incontournable. Il convient de l’intégrer au processus de traitement de l’enfant lorsque celui-ci est l’objet extérieur sur lequel sont projetés les aspects clivés, fruit des identifications projectives croisées ; celles-ci sont à la base de la collusion du couple. L’enfant risque autrement de rester « otage » du couple pour que cette collusion puisse être entretenue (Dicks, 1967). Sur le plan clinique, cette perspective a donné lieu à des modes d’intervention thérapeutique qui incluent également, à différents degrés, les parents, jusqu’à une orientation plus récente, très répandue, suivant laquelle il est indispensable d’envisager toujours d’inclure le couple des parents dans le projet thérapeutique. Selon A. Nicolò (2000), pour travailler avec les parents, il faut utiliser des références d’analyse autres que celles de la dyade parent-enfant et observer les liens et la qualité des affects qui existent entre les individus. L’enfant a non seulement l’expérience de sa relation à la mère et au père, mais aussi celle de sa relation à la relation de couple des parents. En travaillant sur la parentalité, il est question de se confronter au sentiment d’incapacité ou d’échec lié à la fonction parentale. En réponse, la tâche thérapeutique proposera une contenance aux sentiments d’échec chez les parents mais aussi le soutien et la reconnaissance de leur capacité parentale. Le thérapeute du couple réactive en conséquence un processus de parentalité qui peut être qualifié de symbolique (Nicolò, 2005). Il situe l’enfant à l’intérieur des relations émotionnelles du parent et du couple parental et le rend sujet/objet de son propre désir et de celui de ses parents. Les diverses options thérapeutiques visaient surtout, dans le passé, à améliorer l’alliance thérapeutique pour soutenir la thérapie de l’enfant. On pensait, en effet, que la collaboration des parents permettait d’éviter les risques d’une interruption du traitement de l’enfant liés à la difficulté des parents d’accepter le réaménagement interne indispensable que les changements de ce dernier exigeaient. Dans les dernières années, les objectifs qui se sont dégagés consistent principalement à soutenir le fonctionnement parental (Rustin, 2000), à réduire la portée des projections des parents sur les enfants à travers le dépassement du deuil et de la culpabilité, à favoriser plutôt la complémentarité que l’opposition des besoins et des désirs (Bonfiglio et al., 2002), à aider les parents à « subsister » aux attaques des enfants sans recourir aux représailles, à accompagner et soutenir un processus de prise de conscience et de développement d’une compétence réparatrice (Norsa, 2004), à remobiliser les liens nécessaires pour un bon fonctionnement de la vie familiale, tels que le lien de solidarité et d’intimité dans le couple et le lien d’attachement entre parents et enfants. Si l’on a jugé nécessaire, dans le passé, de reconnaître aux parents le rôle de collaborateurs de la cure de l’enfant, l’approche qui prévaut aujourd’hui est de les considérer à leur tour comme des patients, qui ont besoin d’un lieu où porter leur souffrance de parents. Il est également utile de distinguer le couple conjugal du couple parental, ce qui permet d’assurer la différence des sexes et des générations. Alors qu’A.-M. Pandolfi et S. Taccani (1996) suggèrent d’exclure le registre conjugal dans la thérapie du couple parental « même dans les cas où la conflictualité du registre conjugal est fortement présente, même lorsqu’il est évident que les difficultés internes du couple naissent du registre conjugal et passent de ce dernier au registre parental par le biais d’un accord collusif », Norsa (2004) rappelle que la qualité du lien de couple conjugal peut être un bon contenant des conflits intrapsychiques de chaque conjoint, et qu’il fournit un soutien affectif qui étaye la parentalité. Il est important en somme de favoriser la mise en place de la capacité de prendre soin de soi pour prendre soin de l’autre. Bibliographie |
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