Archive - 2e Congrès - Argument par E. Darchis
Le concept de transgénérationnel est au cœur de nos pratiques et de nos élaborations dans les thérapies psychanalytiques du couple et de la famille (TPCF). Mais que s’agit-il de travailler, d’explorer, de débusquer ? Ce sont les effets des traumatismes subis par les aïeux et les ancêtres, quand leur répétition d’une génération à l’autre engendrent des manifestations cliniques, comme le font les secrets ou les dons ambigus entre générations, sur fond de honte, de confusion ou de sentiment de dette. Si ces traumatismes ne sont pas suffisamment élaborés et demeurent innommables, indicibles, impensables ou encore irreprésentables, ils empêchent les membres de la famille ou du couple de s’individualiser ou de se relier.
Dans les générations qui leur succèdent, l’ordre ancestral assigne les places que chacun occupe ou se défend d’occuper dans la donne familiale ou conjugale. Dans la mesure où le groupe a établi des contrats et des pactes narcissiques avec ces personnages qui ont fait l’histoire partagée, la part des ancêtres fonde le sujet et organise ses relations groupales de façon structurante.
Dans les TPCF, le traitement vise ce qui est en souffrance et reste en suspends dans le lien de génération. Le néo-groupe, formé par le groupe couple ou famille avec les thérapeutes, entreprend, grâce au cadre et aux règles psychanalytiques, un voyage psychique régressif vers l’héritage générationnel, ses déchirures, ses idéologies, ses mythes, ses moments fondateurs. Les retrouvailles du matériel générationnel et le redéploiement du roman familial dans le temps et l’espace de la cure, permet, par l’analyse du transfert, du contre-transfert et de l’inter-transfert, l’élaboration des nœuds de la filiation, la réorganisation des places de chacun et l’accès aux différences, particulièrement celles de sexes et générations.
De nos jours, un regain d’intérêt pour la généalogie et les origines, mais aussi la prise en compte des tragédies historiques dont la mémoire collective avait tenté l’oubli, soulignent l’importance des retrouvailles, pour permettre l’ancrage qui fonde et structure le sujet en relation avec ses groupes d’appartenance.